jeudi 28 août 2008

La prison papier version 0.00

La prison papier

« I had a dream ». Ces mots résonnent à nos oreilles, par la puissance des ondes. Mille fois amplifiés par le destin tragique de leur auteur, auraient-ils touché autant de gens s’ils avaient été simplement écrits ? Je garde ma réponse.
Changeons de registre. « Au commencement était le Verbe … »
En alignant ces lettres l’une après l’autre, l’évangéliste ne peut pas ne pas se poser la question de savoir si son texte aura la puissance nécessaire pour relayer la foi dont il est l’un des messagers. Ne se sent-il pas désarmé seul face à son papyrus, relatant la puissance du Verbe ? Ce ne sont pas les mots qui lui manquent, mais la force de la parole.
Le Verbe est l’outil de Dieu.
Imagine-t-on, par exemple, Marie recevant un morceau de papyrus lui annonçant l’Incarnation ? Si oui, mais quelle horreur, l’évangéliste n’aurait pu faire autrement que de poser sur les lèvres de Notre Dame la teneur du message, pour donner à sa réponse, « qu’il m’advienne selon ta parole », le caractère performatif, quel vilain mot sur lequel nous reviendrons plus loin, du Verbe qui se fait chair.
Le verbe est l’outil des hommes.
J’imagine la tête du rapsode quand sur la place d’un village un jour, un quidam lui cria : « rentre chez-toi vieux, les histoires d’Homère, aujourd’hui on les lit.
- Mais vous savez tous lire ?
- Oui
- Ah bon, eh bien je garde pour moi les épisodes qui n’ont pas été figés dans la pierre. Tant pis (temps pis ?), pour vous et pour le reste de l’humanité. »
Et Paul ? Ses épîtres, hier comme aujourd’hui, comblent la distance qui le sépare de ses destinataires, mais avant de leur écrire, il usa de la parole, une arme d’une efficacité jamais égalée. Les écrits pauliniens ne sont rien.
Et les rhéteurs et autres prédicateurs de sourire. Eux qui galvanisent les foules, savent que la lecture d’un texte ne produira jamais le même effet. J’imagine Savonarole en haut de la chaire de Santa Maria del Fiore, distribuer ses sermons et dire : « Eh bien maintenant lisez ! »
En devenant mot, la parole perd de sa puissance.
Et notre « quarteron de généraux à la retraite ». Quand, lors des évènements d’Alger De Gaulle prononce cette phrase, la messe est dite. Nos officiers n’ont plus qu’à regagner leurs pénates, le performatif s’est fait acte.
Evidemment le « J’accuse » de Zola peut rivaliser, mais il s’agit là d’une exception.
Oui je sais. Le mot remplit son devoir de mémoire. Fichtre, mais qu’est-elle devenue notre mémoire depuis ? Une passoire. Evidemment même en utilisant l’art de Simonide ou de Thomas d’Aquin il est impossible à un seul d’entre nous d’être le dépositaire des plus beaux textes produits par quelques grands cerveaux de l’espèce humaine. Seulement imaginons l’écrivain, H.G Wells, doté des outils du rapsode, « imaginons » la Guerre des mondes racontée par Wells, Orson, à la radio. C’est la panique, et Spielberg n’y peut rien, le verbe est plus fort que l’image.
La radio c’est de l’écrit, soit. Mais pas toujours et surtout la radio, à l’image de la télévision, n’est pas ce qu’elle devrait être. Dans notre civilisation de misère intellectuelle elle n’est plus la porte parole du verbe, seulement du slogan, seulement de l’instantané et du sensationnel, du mot creux. Son micro est au raz du trottoir, plutôt dans le caniveau.
Alors me direz-vous le livre audio devrait cartonner. Non, car l’écrivain, depuis des siècles, nous a confisqué la parole, le politique aussi d’ailleurs. Plus de Jardin, plus de Lycée, plus d’Académie, de sermons sur la montagne. Les disciples, voilà la plaie, n’ont pas le talent, les talents, du maître. La maîtrise du verbe, c’est le talent du mot et de la parole, du concept et de l’idée. Le commentateur et l’exégète, dont le nombre va sans cesse croissant, ne les maîtrisent pas tous, armés du calame et du plomb ils emprisonnent le verbe en le couchant sur le papier. Couché il est sans défense, et doucement s’étiole. De violent il est apprivoisée, il fait moins peur, il devient acceptable et acceptée.
L’écrivain susurre ses propos dans un parloir où nous pénétrons un par un, chacun à notre tour. Pas de question, d’interrogation et comprenne qui pourra. Et par paresse intellectuelle, par facilité, nous acceptons docilement cet état. Nous sommes moches.
Un espoir, peut être ! La numérisation et les béquilles de l’hypermédia. Au mot je peux adjoindre les sons, les images. En faisant preuve d’un peu de talent, qui n’est que du travail, je dois pouvoir palier mes lacunes, surmonter mes peurs. Comment pourrais-je affronter 10 ou 10 000 personnes, moi qu’un micro ou un objectif impressionne ? Pétrie d’une vie de lâcheté je me réfugie derrière le mot, comme beaucoup. Pour lui donner plus de force je convoque la voix, la musique, pour marquer les esprits je l’étaye avec la photo ou le dessin, mais le primat du mot est et reste. C’est tout ce que je sais faire.

mercredi 18 juin 2008

Pour une écriture hypermédia version 0.00

« Une toile finira par agir sur le regard, puis sur l'esprit, comme un tapis, sans avoir besoin d'autre sujet que celui d'une couleur et de ses développements; elle ne représentera rien que des tons : et déjà la musique se contente de s'appeler fugue, étude ou sonate, pour nous suggérer des choses que la littérature pourrait longuement raconter. » Gauguin

Liminaire
L’article ci-dessous n’a pas pour objectif de caractériser ce que pourrait être l’œuvre d’art totale (la Gesamtkunstwerk) dont les lignes, les pigments, les notes et les signes seraient une suite de bits. Non je tente « simplement » d’approcher une nouvelle écriture disponible pour les livrels et autres e-codex dont le médium est « l’encre électronique ». Pour la qualifier j’en suis venu après quelques lectures et commentaires à rejeter le terme multimédia au profit d’hypermédia. L’argument définitif, au moment M, est la définition qu’en donne le dictionnaire des Arts Médiatiques (Collection Esthétique Québec 1997) : Structure du même type que celle de l'hypertexte, mais dont les nœuds comportent, outre des informations textuelles, des informations visuelles et sonores.
Une autre raison me pousse à écarter un mot né dans les services marketing des fabricants de PC. Il s’agit de l’ambigüité dont il est chargé. Je m’explique. Pour l’homme d’image le multimédia est au service de celle-ci, pour l’homme des sons j’ai bien peur qu’il en soit de même, chacun privilégiant son domaine de prédilection. Je suis ou tente d’être un homme des mots mais j’écarte le dictat des lettres pour un primat. J’en suis même à rejeter l’hypertexte quand celui-ci rompt le lien d’une lecture que je veux linéaire. Mais ce n’est peut être pas toujours le cas.

Historicité d’un besoin
Malgré une consonance moderne, le concept sous-jacent à l’hypermédia n’est pas une nouveauté pour les écrivains. Spécialiste de la Renaissance je me bornerai aux artistes de cette époque pour illustrer les lignes en infra. Le premier d’entre eux, Dante, nous convie fréquemment à mieux appréhender la splendeur de son Paradis en écoutant des airs de musique sacrée, il utilise la sculpture aussi, transformant les parois des monts que le poète longe au Purgatoire en bas-relief. Nous sommes donc déjà invités par l’épigone de Virgile à une lecture multimédia tripartite qui par l’excitation d’un seul sens, le plus noble, la vue, met en branle notre imagination. Seul bémol, le lecteur doit faire preuve d’une culture musicale et picturale équivalente à celle de l’auteur, pour « écouter » et « voir » au fil des mots ce qu’il veut nous faire partager. Dans le cas contraire il engendre au mieux une frustration, à éliminer par une mise à niveau de nos connaissances, et au pire une indifférence à son message.
Les connaisseurs de Léonard de Vinci reconnaîtront là les prémisses du Paragone, fermons la parenthèse, mais nous reviendrons vite vers l’archétype du génie universel.
Cette relative impuissance des mots dans certaines circonstances est soulignée plus pesamment par Marsile Ficin : « Il est vain de faire l'éloge d'une jeune fille à un adolescent et de la lui décrire, pour l'inciter à l'amour, quand on peut offrir à ses yeux la forme même de la belle personne. Désigne la beauté et tu n'as plus besoin de paroles. On ne saurait dire en effet combien la vue de la beauté inspire plus aisément et plus violemment l'amour que l'évocation par les mots. » Le talent ne fera rien à l’affaire, la littérature a ses limites, dont acte. Et Léonard de répondre en écho à cet aveu « si le peintre veut voir des beautés capables de lui inspirer de l’amour il est capable de les engendrer », dont acte de nouveau. L’image possède une force que le texte n’a pas, mais l’inverse est vrai aussi et à titre d’exemple nous pouvons continuer avec l’auteur de la Joconde. Avant Vésale il se penche sur la conception d’un ouvrage d’anatomie du corps humain, et ses problèmes d’écritures. Il faut bien comprendre, quitte à être lourd, qu’il ne s’agit pas d’illustrer un ouvrage, comme le fit Botticelli pour La Divine Comédie, mais de créer une « nouvelle écriture » où texte et image ne font qu’un. Les guillemets s’imposent evidemment, au regard et souvenir du travail des enlumineurs du couvent san Marco de Florence que Léonard fréquente. Il est donc hors de question dans l’esprit du maître que l’un fut la béquille de l’autre. Il va même plus loin : « Les principes de la peinture, à savoir le dessin, permettent à l’architecte de rendre sa construction agréable à voir, ou encore aux auteurs de vases, ou aux orfèvres, auteurs de tissus de broderie ; elle a inventé les modèles de lettres qui servent à l’expression par le langage, a fourni leurs signes aux mathématiciens, enseigné l’art des figures aux géomètres, et instruit auteurs de perspective, astrologues, inventeurs de machines et ingénieurs. » Ce que l’on peut résumer par « Donc il est nécessaire de figurer en même temps que de décrire » Sans trahir la pensée du maître, nous pouvons interpréter cette réflexion comme un appel au décloisonnement des arts et des techniques puisque tous sont peu ou prou fils ou filles du dessin.
En forçant le trait, la musique n’est pas exclue quand on connaît sa filliation pythagoricienne avec les chiffres et les nombres, et avec la portée.
J’entends déjà les auteurs de BD se frotter les mains J Ils ont raison car ils seront, s’ils le veulent bien, sans conteste les principaux acteurs de cette écriture numérique sur laquelle nous nous pencherons un autre jour, avec eux si possible.
Pour parvenir au but fixé, il semble que le Vinci ne pouvait s’appuyer sur les technologies de son époque : la presse de Gutenberg et la xylographie (gravure sur bois). Le court passage que nous avons choisi tend à confirmer notre hypothèse « Pour imprimer cet ouvrage. Enduis une plaque de fer de céruse à l’œuf puis écris à l’envers en griffant ce fond. Cela fait, recouvre la tout de vernis, c’est à dire vernis et jaune ou minium ; une fois sec met à tremper, et quand le fond des lettres sur céruse à l’œuf sera fondu, il partira en même temps que le minium, lequel parce que fragile, s’émiettera et laissera les lettres accrochées au cuivre. Ensuite creuse toi-même ce fond et il te restera les lettres en relief et le champ du fond. Mêler aussi au minium de la colle et l’utiliser comme je l’ai dit plus haut, de sorte qu’il s’émiettera plus facilement. Et pour qu’on voie mieux les lettres, colore la plaque avec de la fumée de soufre qui s’incorpore au cuivre ». Pour l’anecdote, ce procédé sera repris 3 siècles plus tard par le peintre et graveur William Blake.
Mais ce qu’il faut retenir c’est que l’un comme l’autre, confrontés au même problème, se tournent vers la technologie pour le résoudre. Malgré les progrès réalisés en imprimerie, aujourd’hui encore ce duo texte/image souffre du binôme livre/papier. Pour illustrer notre propos, prenons l’ekphrasis, ce commentaire d’une œuvre d’art dont le premier exemple connu est la description faite par Homère du bouclier d’Achille forgé par Héphaïstos. L’auteur moderne quand il se livre à ce type d’excercice l’accompagne souvent d’une illustration. Si 30 ou 40 lignes suffisent à son propos, nos yeux peuvent, dans le meilleur des cas, voyager de l’image vers le texte et inversement en un clin d’œil. Dans tous les autres cas l’inconfort s’installe, pouvant engendrer une perte d’information. La lecture devient pénible, en cause les multiples va et vient entre texte et image, les mots perdent de leur poids ou/et l’illustration de sa pertinence. On se met à rêver alors d’une image projetée et d’un commentaire en voix off à l’instar de ce qu’offre l’écriture cinématographique. Nous aborderons plus tard l’écriture « numérique ».
Et la musique ? Si comme proposé plus haut je tente de mettre à jours mes connaissances au regard des références de Dante, cela ne pose pas beaucoup de problème, elle est encore accessible dans toutes les médiathèques. Il en est tout autrement pour les frotolle (chansons italiennes du 16ème) du Décameron de Boccace. Egarées, perdues ou non enregistrées, je suis devant une perte et une frustration dont je ne mesure pas la portée J
Et la musique des mots me direz vous ? Cette poésie qui déjà faisait dire à Horace qu’elle était peinture. Ce fameux « Ut pictura poesis », invoqué, interprété et inversé autant de fois que les circonstances l’exigeaient. Et les rhapsodes, aèdes, aulodes et autres citharodes qui de génération en génération nous porte en un raccourci impardonnable pour le musicologue vers… l’opéra. Non celui de Monteverdi, mais La Favola d’Orfeo écrite en 2 jours par Ange Politien. Nous sommes en 1480, sous l’influence du carnaval de Mantoue se mêlent poèmes et musique, musique et théâtre une première pour l’humaniste qui influencera la poésie de Michel-Ange. Les sonnets de celui-ci « chantent » et sont chantés par ses contemporains. Chostakovitch avait des précurseurs, et le sculpteur d’apprécier cette initiative. Fait rare tant l’artiste est exigeant. Et si nous parcourons les codex musicaux nous voyons ô combien musique, texte et « images » s’unissent avant que Manuce, l’éditeur vénitien de référence, et ses successeurs ne cassent cette unité et ne cessent d’appauvrir le livre.
Ainsi, le codex MS156, daté du 14ème siècle, de la bibliothèque universitaire de Munich, nous offre un exemple intéressant d’une élégante fioriture utilisée pour la notation d’un choral (cantique au service de la liturgie luthérienne). La convergence, mot à la mode dans les services de marketing d’aujourd’hui , avait déjà ses adeptes dont les frontières étaient seulement balisées par un environnement technologique. Et si on me répond que les variables temps et argent sont les facteurs discriminants, j’acquièse, mais seulement pour celui qui accepte d’en être l’esclave.
Evidemment ma démonstration souffre de l’état de l’art. Il n’est pas question à l’époque d’initialiser sur notre parchemin le mode audio pour déclencher l’intervention du « ténor ». Ni sur le parchemin ni sur la toile, bienque Leon Battista Alberti se soit penché sur le langage commun aux peintres et aux musiciens, sur les rapports entre notes et proportions, ces dernières étant la pierre angulaire de la prespective et de l’architecture, les génies des 15ème et 16ème siècles sont moins puissants que n’importe lequel d’entre nous équipé d’un micro-ordinateur.
Ainsi la numérisation fait que monsieur tout-le-monde peut s’il le veut « répondre » aux souhaits de Léonard. Je ne sais pas exactement depuis quand, mais une bonne quinzaine d’années me semble être une réponse convenable. Or depuis ce laps de temps je n’ai pas encore à ma disposition un ouvrage hypermédia. Ce que je veux exprimer c’est qu’il existe bien, notamment sur le web, une convergence son, image et caractère, mais amis, que celle-ci ne nous est proposée que dans le cadre d’une illustration des uns pour les autres. Cette « écriture convergente » est à l’image de l’écriture cinématographique, qui à mon avis ne sait pas ne faire qu’un. La BOF, par exemple, peut vivre sa vie seule, et cela bien longtemps après un viellissement qui confine l’image à l’oubli (j’entends des dents qui grincent). Sans appuyer sur la transposition du texte, un roman, qui quand il n’est pas trahit est réduit, voir les deux J. Il en est de même pour l’opéra, nonobstant le talent de Bill Viola pour mettre en image une œuvre de Philpp Glass.
Et tout ce verbiage pour en arriver où ? Eh bien là où les anciens nous avaient déjà conduits : « La beauté [de l’ouvrage hypermedia] est un certain accord et si l'on peut dire une conspiration des parties [caractères, son, images etc.] dans le tout où elles s'établissent, selon un nombre , un ordre qualificatif et une place définis comme le requiert l'harmonie principe absolu et premier de la nature… une certaine harmonie rationnelle de toutes les parties, telle que toute adjonction, toute suppression, tout changement ne puisse que la compromettre , et finalement: il existe en outre un je-ne-sais-quoi issu de la conjonction et de la réunion de ces éléments par lequel la face de la beauté resplendit merveilleusement, c'est ce que nous appellerons harmonie. Leon Battista Alberti»
Cela étant dit, existe-t-il une grille d’écriture où le poids de chaque élément puisse être évalué pour atteindre à cette harmonie ? A ma connaissance non. Il faut donc saisir son clavier et sa souris pour empiriquement fournir un ouvrage et attendre… les commentaires des lecteurs ou des ses pairs.
Toutefois l’ergonomie logicielle nous a apporté une nouvelle assistance à la lecture, je veux parler de la barre d’outils. En dehors de celle fournit par le programme de lecture, le reader, (changement de taille des caractères, appel d’un dictionnaire, zoom sur image etc..), celle-ci est à la disposition de l’auteur. Les icônes peuvent à titre d’exemple appeler :
- Appel d’une image
- Les notes de bas de pages
- Les « repères », dans le cas des Guides MAF il s’agit d’une chronologie, d’une parentèle et un glossaire.
- La fonction mise à jour de l’ouvrage
- La bibliographie avec connexion à une source, Gallica notamment. Etc.


Pour un code, une grammaire, de l’écriture hypermédia
Avant d’aborder par le détail le mot et ses « accompagnateurs », il faut, pour le moment seulement, souligner les carences du support, des supports. Le pluriel s’imposent car pour obtenir un résultat final, « lecture, écoute et vision », le numérique impose ses couches matérielles et logicielles. Les deux plus importantes étant l’écran et le lecteur. Caractérisons la technologie de l’encre électronique, E-ink, par ses faiblesses : absence de couleur et temps de rafraîchissement trop long pour supporter la vidéo. Le son ne semble pas être un problème de gros sous pour le fabricant d’un numéricodex, mais simplement un choix au regard de l’offre « écrite », dont acte. S’il existe des interfaces de communication, je n’ai pas connaissance d’une liaison du type « upload », voir infra HDMI. Le lecteur (reader), souffre des mêmes maux, que se soit ADE, le nouveau produit d’Adobe, les programmes « pur » XML/HTML (Dot Reader, Mobipocket), sans parler de Microsoft étonnamment médiocre. Il est urgent que les informaticiens s’enquièrent auprès des auteurs de ce dont ils ont besoin J.

Le mot et la couleur
Bonvesin da la Riva, poète italien du 13ème siècle, dont l'ouvrage Il libre delle tre scritture préfigure La Divine Comédie de Dante, a pour dessein d’adapter la couleur de l’écriture à l’objet de la description. Soit le noir pour l’enfer, le rouge pour la passion et l’or pour le paradis. Nous n’irons pas si loin, mais rendons lui hommage J.
Dans le cadre de mes guides j’ai pour ma part choisi le noir pour mon écriture (n’y voyez aucune allusion à l’enfer de la création), le bleu pour les citations des auteurs de second rang et le violet pour l’auteur de premier rang, à savoir le sujet du guide (Léonard De Vinci ou Michel-Ange). J’ai gardé les guillemets. Dans son ouvrage sur la beauté Umberto Ecco utilise le même principe. Les titres et sous-titres sont soit gris soit prune, mais c’est surtout la casse qui change. Pour une version « noir et blanc » je reviens à l’italique pour les auteurs de second rang, et j’introduis un pictogramme avec des guillemets renforcés pour le sujet. Le but étant d’éviter la fatigue et les phrases du genre : Léonard a dit, écrit, penser etc.

Le mot et la musique
« …ainsi la musique, dans son rôle de décor, sert-elle si bien la poésie que l’on ne saurait mieux sentir celle-ci » Cet extrait de lettre envoyé à François Gonzague en août 1607, sert aussi bien cette nouvelle forme de théâtre chanté que vient d’écrire Monteverdi avec l’Orfeo, que notre propos. La musique n’est pas, pour moi, illustration sonore, indépendante même si elle est complémentaire, au sens de l’écriture cinématographique.
D’autre part, j’ai choisi de ne proposer que des œuvres contemporaines ou antérieures au sujet traité. Cette option tend à familiariser le lecteur avec l’univers du sujet. Le lecteur reste néanmoins actif, il choisit ou non d’écouter. Sauf dans un cas, quand le son devient narratif. Exemple : Pour le « Qui suis-je » d’un guide en cours sur Michel-Ange il m’est apparu intéressant de tenter, c’est un échec pour le moment, de réaliser une séquence musico-poétique de présentation du sculpteur.

« Le décor » musical revêt plusieurs types :
- Renforcement du propos écrit : Musiciens, écrivains, peintres ou sculpteurs parlent de la même chose. Dans ce cas le « texte musical » est proposé au lecteur ainsi que la musique.
- Illustration anecdotique : Le rapport est moins fort entre la chose écrite et la musique. Le « texte musical » n’est pas obligatoire.
- Intermède musicale : « les intermezzi en vogue lors des représentations théâtrale de la Renaissance ». Disons que la musique est au service d’une ambiance, pré ou post visite. C’est une écoute proposée pendant un itinéraire d’approche, ou dans une file d’attente. Par exemple le Crédo Incessament de Pierre de la Rue avant de regarder Le Jugement dernier de Michel-Ange.
- L’anakrousis : Cette explosion sonore, prélude d’un silence pour mieux se concentrer sur ce qui va suivre, est, il me semble, un outil intéressant car il est des textes parfois un peu difficiles à lire.
- Le récitatif est utilisé comme à l’opéra pour faire progresser la « situation », à charge à l’auteur de définir celle-ci. C’est une manière de mettre un texte en musique. Je propose pour cette dernière une version instrumentale d’un air en vogue à l’époque qui nous intéresse, la Spagna par exemple au 16ème, et de poser la voix dessus.
- Se pose évidemment le problème de la portée et des notes qui peuvent être affichées pendant l’exécution du morceau choisi. Cette option relevant de l’animation est une piste intéressante, mais onéreuse certainement.

Il reste à traiter des cas particuliers, je pense à l’architecture, sœur de la musique. Le Dôme de Florence est le cas le plus intéressant que je connaisse, il y en a d’autres sûrement. Pour son inauguration Guillaume Dufay écrivit un motet dont l’écriture est calquée sur les structures et proportions de l’édifice. Il est impératif dans ce cas d’analyser l’architectonique du monument et du morceau de musique.

Le mot et le son
Il s’agit du bruitage. Le tictac d’une horloge, le battement d’un cœur, le crissement d’une plume sur une feuille de papier, etc. Je ne suis pas convaincu par la pertinence d’un tel « objet ». Evidemment les sonneries de l’horloge de la place St Marc ne rentrent pas dans cette catégorie J.

Le mot et la voix
Le témoignage « vocal », tel l’interview d’une personnalité, est un outil intéressant pour souligner le propos ou le sujet abordé. J’ai par exemple utilisé une séquence radio où Daniel Arasse souligne l’importance de la perspective pour la peinture occidentale. Je n’ai pas encore résolu le problème de savoir si je dois traiter à l’identique, notre guide pour le Louvre: Théophile Gauthier, fournisseur d’un liminaire pour chaque œuvre abordée.
La voix off. Son poids doit être anecdotique comme le propos qu’elle diffuse. Nous ne sommes plus au cœur du sujet mais dans l’agrément. Quoique !

Le mot et l’image
Il existe deux catégories d’images ou d’animations. Celle où le mot est au service du « pixel » (commentaire d’un tableau par exemple) et son contraire. Dans le cadre d’un guide il n’y a pas beaucoup de différence entre les deux, car celui-ci doit donner envie de se déplacer. L’image est donc d’une qualité moindre que celle imprimée au format XXL (Léonard chez Taschen). Seule la distribution au sein du texte prime dans ce cas. Je rêve d’une image disponible entre deux « bornes » de textes pour permettre une lecture « clin d’œil » (balayage rapide de l’œil vers l’image et retour vers le texte), soit par un clic sur une icône en marge du texte (perte de colonnes/lignes) soit en calque (perte de lisibilité), soit sur un second écran.
Le V2D de Jinke, fabricant chinois de livrel, s’il existe un jour, est à ce titre prometteur. Pour une mise en évidence d’un détail, la taille de l’écran est de toute façon limitative. L’agrandissement de l’image au format maximum du support, nous sommes évidemment limités, est demandé par le lecteur, mais non proposée systématiquement. J’en profite pour indiquer qu’un écran en-dessous de 3’’1/2 n’est pas acceptable pour une lecture correcte, sans évoquer le confort. On peut évidemment imaginer une image XXX…L stockée en mémoire sur le numéricodex et téléchargeable sur un écran LCD ou plasma. Nous sommes alors dans un cadre riche de promesses, encore faut-il avoir les interfaces adéquates (HDMI, carte SD ?).
Si on ne veut pas se noyer comme le cinéma occidental dans les effets spéciaux, les animations sont évidemment à utiliser avec parcimonie. Si le poids de celles-ci pose actuellement un problème, elles peuvent parfois néanmoins s’imposer. Je pense notamment aux différents scenarii imaginés par Freud pour le Moïse de Michel-Ange. Nous avons là plusieurs animations qui s’enchaînent.



Conclusion : Nous sommes à l’aube d’une petite révolution sûrement, et mon expérience est aujourd’hui limitée si ce n’est bridée. J’aimerai que ce document serve de base pour une réflexion plus riche entre différents intervenants. Si ce n’est pas possible, je m’adresse alors aux seuls auteurs ; il est impératif de juguler notre imagination dans un seul but : satisfaire aux sens de nos lecteurs.